Les 100 ans du soutien-gorge

Marie Varroud-Vial
Les 100 ans du soutien-gorge


Le soutien-gorge est centenaire. Il est nostalgique, nous aussi. Alors on fait le point et on se souvient des soutifs de nos mamans, de nos grands-mères, de nos grandes tantes



Aujourd’hui, la tendance lingerie est à l’hyper choix : du coton le plus sportswear à la dentelle la plus raffinée. Brassière, balconnet, push-up ou guêpières. String, boxer, culotte ou tanga…. Le choix est vaste, adapté à tous les âges, toutes les fonctions, tous les désirs.
Les créateurs jouent même de la mixité. Récemment, les slips kangourous pour femmes faisaient fureur dans les cabines d’essayages. Diesel, American Apparel, H&M, Undiz l’ont adopté.

Au début du siècle, les femmes libéraient à peine leur corps de corsets asphyxiants et décidaient d’abandonner leur silhouette taille de guêpe sur fessiers délirants... Un changement de look motivé par la révolution sociale des femmes.
En 1907, Paul Poiret créait les premières robes destinées à être porté sans corset. C’est l’apparition du deux-pièces.
Il libère les formes, le ventre et aussi la respiration. La révolution n’en est pas moindre… Souvenez-vous de Dalida planquée dans sa cabine de plage à chantonner : «mon petit itsi bitsi tini ouini, tout petit, petit, bikini».

A cette époque, le soutien-gorge fait donc son entrée dans la mode. S’ensuit alors une série de tendances adaptées aux mœurs d’une époque. «Baromètre d’érotisme» pour Farid Chenoune, historien de la mode, «la lingerie est sortie de sa clandestinité pour devenir une actrice à part entière du jeu de la mode et des relations entre hommes et femmes.»

Flash-back sur les grandes étapes de cette tendance :
 

Années 20, la garçonne


Cheveux courts et cigarette au bec, les femmes des années folles s’émancipent. Alors qu’elles s’approprient des métiers jusqu’ici réservés aux hommes, des sports et pratiques réservées à leurs maris, elles adoptent aussi leur look. «La visibilité de la femme dans la vie sociale se traduit par une silhouette masculine. Elle emprunte aux hommes leur modèle, leur armure», explique Farid Chenoune.

Les canons de beauté se voient bouleversés : les formes voluptueuses sont remplacées par des silhouettes d’éphèbes. Plus de sein, plus de hanche. Le soutien gorge se réduit à un simple bandeau, pour étouffer des formes un peu trop féminines. Chanel en devient la griffe phare.


 

Le retour de la féminité

La fin des années vingt renoue avec des silhouettes féminines et leurs galbes naturels. Gaine et soutien-gorge font leur grand retour. Les tailles de bonnets (de A à E) sont créées pour plus de confort.

La fin de la seconde guerre mondiale est l’acmé de cette tendance. Dès les années cinquante, la poitrine ne se cache plus, elle est mise en valeur sous des bonnets pointus et coniques, à l’instar des pin-up. Une tendance largement adoptée par les actrices en vogue telles que Brigitte Bardot, Marylin, Sophia Lauren, Elisabeth Taylor… Mais la jeune Audrey Hepburn, son joli minois et son style jupe-ballerine dans «Vacances Romaines», rompent avec ce modèle.

Teenage & Sixties

La mode des sixties, inspirées des années garçonnes, se calent sur des corps de brindilles aux formes adolescentes. Les jeunes femmes idolâtrent Twiggy et rêvent de s’habiller en Courrèges. Elles enfilent des socquettes, des jupes courtes, coiffent leurs cheveux en couettes et font l’apprentissage de leur féminité. Leur lingerie s’assagit. Multicolore, fleuri ou en vichy, le soutien-gorge s’assortit à la culotte.

 

Look féministe

Les féministes signent la mort du soutien-gorge… D’ailleurs elles le brûlent sur les barricades et décident de ne plus en porter du tout. C’est les années 70 et la radicalisation du mouvement de libération de la femme… Les militantes rejettent haut et fort l’image de la femme-objet avec pour slogan : «Notre corps nous appartient».

Les moins engagées optent pour des dessous discrets, transparents ou en voile. Et sans armature, pour en pas mettre en avant leur poitrine. Adieu frou-frou, la mode se fait minimale. La brassière suscite donc l’engouement. C’est l’apparition de l’élasthanne et de sa marque Lycra, la plus vendue

 

Absolument féminin

Les post-féministes des années 80 se réapproprient de manière sexy la lingerie des années 50. Et courent s’approvisionner chez Chantal Thomass. Guêpières et talons aiguilles ne leur font plus peur. Elles adoptent les porte-jarretelles et les préfèrent rouge ou noir, deux couleurs auparavant associées aux bordels de luxe. Le soutien-gorge reprend du service… Souffle, alors, un vent d’érotisme.

 


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